Faire son compost

Petite histoire 

En 1978, lorsque Jean et moi avons décidé de faire du compost, il n’existait à peu près pas d’information sur sa fabrication au Québec. En observant la nature, en utilisant les informations venues de l’Europe et des États-Unis, ainsi que l’expérience que j’avais acquise sur la ferme de mes parents, nous avons fabriqué notre premier compost, il n’était pas parfait, mais notre potager était bien content de cet apport. Nos familles et nos ami (e)s nous considéraient presque comme des extra-terrestres, l’étiquette granola nous était accolée. J’ai ensuite eu la chance de suivre un cours sur le compostage à l’Institut de technologie agroalimentaire de La Pocatière, ce qui a permis de peaufiner notre technique. Nous avions aussi un rêve : voir paraître un jour un article sur le compostage dans un quotidien à grand tirage. Cela a pris presque 20 ans, mais un beau samedi matin j’ouvre le journal et que vois-je? Un article expliquant comment faire du compost et l’importance qu’il avait pour la préservation de l’environnement. Enfin, le travail de sensibilisation que nous et plusieurs autres avions fait portait fruit. Tout cela pour vous rappeler que les changements de mentalité prennent du temps, qu’il faut avoir des rêves et surtout qu’il ne faut pas cesser d’y croire !

Faire du compost n’est pas sorcier, les matériaux nécessaires sont à porter de la main, même en ville, puisque nous mangeons tous.

 

Qu’est-ce que le compost et pourquoi en faire ?

Faire du compost, c’est copier la nature en contrôlant la décomposition de la matière organique. Promener vous en forêt à l’automne et remarquer la quantité de feuilles, comment se fait-il qu’après tant d’années nous ne soyons pas ensevelis. La nature composte les feuilles qui tombent, les plantes, les animaux et le bois qui meurent. C’est ainsi que la forêt se nourrit toute seule !
Le compost améliore la structure du sol.
Un sol compact (argileux) ne laisse pas l’eau et l’air passer, le compost étant composé de particules de tailles différentes améliore la porosité du sol.
Un sol trop poreux (sablonneux) ne retient pas l’eau et les nutriments nécessaires aux plantes, la matière organique contenue dans le compost absorbe l’eau et retient les nutriments améliorant ainsi la capacité de rétention d’eau du sol.

Le compost ajoute des nutriments et en permet une meilleure utilisation

Le compost ajoute non seulement de la matière organique au sol, mais aussi des éléments tels que le fer, le manganèse, le cuivre, le zinc, le phosphore, l’azote et le bore, nécessaire à la croissance des végétaux.
Le compostage diminue la pollution.
Composter, permet de diminuer jusqu’à 30 % du volume des vidanges.
Composter, permet de réduire les frais de cueillette des ordures ménagères
Composter, diminue ou élimine l’utilisation d’engrais.

Je fais du compost pour nourrir la Terre qui me nourrit

 

Que se passe-t-il quand je composte?

Ce sont les micro-organismes tels que les bactéries et les champignons qui décomposent les matières organiques. Ils ont besoin d’une quantité constante de matières premières (des matières organiques), d’eau et d’oxygène pour bien travailler. Ils ont aussi besoin d’une température qui, elle, évolue selon les micro-organismes : plus ils travaillent, plus elle monte ; elle peut monter au point de les détruire, c’est pourquoi il faut la surveiller et comme pour nous, souvent il suffit d’aérer pour la faire baisser.

 

De quoi ai-je besoin pour faire du compost

De base, pour faire du compost j’ai besoin de matières organiques, d’eau et d’air. Mais comme tout être humain qui se respecte, j’aime me compliquer la vie, alors voilà ce dont vous aurez besoin.

Facultatif : un déchiqueteur pour les grosses branches ou une tondeuse pour déchiqueter les feuilles.

Matériaux riches en azote (verts)

Matériaux riches en carbone (vieux, secs, jaunes ou bruns) Lorsque disponible pour accélérer le travail, j’ajoute Je n’utilise pas Je fais attention à :

 

Comment ?

Bon, j’ai déterminé un endroit, j’ai tout ce dont je peux avoir besoin, maintenant, qu’est-ce que je fais avec ça ?
Je commence par retourner le sol sous mon composteur pour le décompacter, l’aérer et activer la vie des micro-organismes.
Je couvre le fond de petits branchages ou de tiges plus rigides afin de permettre à l’air de circuler et d’éviter que l’eau se ramasse.
J’alterne fines couches de matières carbonées (secs et vieux) et fines couches de matière azotées (verts et jeunes). Je n’ajoute pas une couche épaisse d’un seul élément, je les mêle. Concernant le gazon et les feuilles, je les mélange avec d’autres choses.
À chaque couche, j’arrose au besoin. Lorsque j’en prends une poignée et que je sers, je sens l’humidité entre mes doigts et la poignée garde sa forme. Cela devrait me faire penser à une éponge tordue. Trop sec, le tas se décompose très lentement, trop humide, il sent mauvais.
Si j’en ai, je mets une couche de compost fini ou de terre à jardin, cela accélère le compostage en fournissant un supplément de micro-organismes.
Si je n’utilise pas un composteur fermé, je finis par une protection, paille ou toile laissant passer l’air (pas un plastique, celui-ci étoufferait le tas)
Je surveille le tas, si la température monte trop, je le retourne pour l’aérer.
Je le retourne souvent si je veux du compost rapidement (aux deux semaines). Personnellement, lorsque nous montons un tas ailleurs que, dans un composteur j’attends que la nature fasse son oeuvre je suis plutôt paresseuse dans ce cas là.

 

Problèmes ?

 

L’hiver

Je fais du compost même en hiver. Il y a trois façons. La première : je continue à remplir le composteur ou à monter le tas même si cela gèle, le printemps la chaleur fera son travail. La deuxième : j’ai un composteur rotatif dans le sous-sol. À l’automne, je rentre un sac de feuilles, je mets un peu de compost dans le composteur puis j’ajoute régulièrement mes déchets de cuisine végétaux et des feuilles et je tourne souvent. Si cela sent un peu, j’ajoute un peu de mousse de tourbe (absorbe l’odeur). La troisième : je fais du vermicompostage
 

Comment savoir s’il est prêt

Lorsqu’il est presque noir, que je ne reconnais plus ce que j’y ai mis et qu’il ressemble de plus en plus à de la terre, il est prêt.
Vous entendrez certainement parler de compost jeune, mûr, ce sont différents stades de la maturation du compost. 

 

Quoi faire avec mon compost

C’est la principale nourriture que je donne au potager, à la pelouse, aux arbres, aux jardinières, aux plates-bandes, etc. Il peut être appliqué de différentes façons sur et dans le sol.

Potager :
Si le sol est pauvre, sablonneux, vous pouvez ajouter du compost chaque année. Mettez environ 2.5 cm de compost et incorporez au sol jusqu’à une profondeur de 15 cm, à la main ou avec une fourche. Si votre sol est riche, mettez-en selon les besoins des plantes. Certaines plantes, comme les fines herbes par exemple, demandent peu de compost, car l’excès d’azote nuit à leur développement.
Pelouse :
De préférence, commencez par déchaumer et aérer votre pelouse puis épandez à l'aide d'un râteau une couche de 1/3 à 1 cm de compost mûr. Arrosez à fond pour permettre au compost de bien pénétrer. Si vous le faites régulièrement, votre pelouse n’aura besoin de rien d’autre à moins que vous teniez absolument à tondre plusieurs fois par semaine.
Entretien des arbres :
Au printemps, étendez 2.5 cm de compost à la périphérie des branches. Ne le faites pas trop tard en saison, l’aoûtage se ferait mal et vous risqueriez que les nouvelles pousses gèlent.
Plantation des arbres :
Je remplace à peu près le tiers de la terre enlevée pour creuser le trou par du compost.
Rempotage :
Je remplace 1/3 du terreau recommandé par 1/3 de compost
Entretien des plates-bandes :
Ajoutez, environ, 2.5 cm de compost aux plates-bandes et incorporez doucement en surface pour ne pas briser les bourgeons ou les racines.
Nouvelles plates-bandes :
Ajoutez 4 à 5 cm de compost et incorporez-le dans les 15 premiers cm.
Comme paillis :
Mettez une couche de 5 cm de compost jeune autour des annuelles, des vivaces et des arbres.  Évitez de le mettre trop près des tiges comme, tout paillis, il pourrait étouffer la plante. Je laisse au moins 5 cm sans rien autour des tiges.
Si mon sol souffre de carences, je peux mêler à mon compost les amendements suivants :
Potassium (K) : de la cendre en petite quantité
Phosphore (P) : phosphate de roche, émulsion de poisson, farine d'os.

 

Voilà, j’ai partagé avec vous une partie de notre expérience en compostage. Vous réaliserez qu’il n’y a pas de recette miracle. La nature est logique et sait souvent plus que nous ce qu’elle doit faire. Observons-la et respectons-la.